05.11.2009
La rentrée littéraire (domaine francophone)
Elle touche à sa fin, cette rentrée, avec la série des divers prix littéraires. Et oh! miracle, pour une fois, j'ai lu le Goncourt! Vraiment intéressant, mais bon, Gallimard pour la 4e année consécutive, voilà. J'étais pour Mauvignier, moi!
C'était agréable, cette année, d'avoir été préparé! On a assisté a plein de réunions de rentrée, mangé beaucoup de petits fours, et lu une tonne de SP (services de presse) pour les non-libraires de l'assistance. J'en ai lu une douzaine..Petit tour d'horizon de ce que j'ai lu et aimé:
Des hommes, Laurent Mauvignier, Minuit
Une salle des fêtes, l'anniversaire d'une femme, un cadeau qui appelle des commentaires. La soirée tourne mal et Mauvignier met en scène ses personnages qui se souviennent de ce qu'ils ont vécu ensemble: la guerre d'Algérie.
Ces "évènements", cette guerre moins grave que Verdun comme disent les anciens au moment où les jeunes partent, mais qui bouleversera à jamais la vie de tous.
Mauvignier a un talent certain pour aborder n'importe quel sujet et en tirer une réflexion passionnante sur l'humanité. Tout est suggéré, toujours sur le fil.
Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia, Albin Michel
Le plus gros coup de coeur de cette rentrée, on a déjà vendu près de 80 à la librairie, on est archi fans! C'est le portrait, la photographie d'une époque. Paris, années 60, Michel est un jeune homme, qui sèche les cours, joue au baby-foot dans une brasserie place Denfert, et va découvrir dans l'arrière salle un club d'échecs où se réunissent Kessel, Sartre, ainsi qu'une bande de réfugiés politques, des russes, polonais, hongrois. Il va être initié aux échecs, et à bien d'autres choses, au contact de ces hommes. C'est passionant, on plonge dedans dès le début, et on est déçu que 800 pages plus loin, ce soit déjà fini. Il n'y a pas de temps mort, les personnages se croisent habilement au fil du récit, un vrai canevas bien ficelé.
Bref, foncez lire ce livre!
L'enigme du retour, Dany Lafferière, Grasset
Prix Medicis de cette année!
Dany Lafferrière est notamment l'auteur de Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer et Le charme des après-midi sans fin.
S'il garde son ton parfois badin, le sujet y est beaucoup plus sensible que dans ses précédents romans. L'auteur y évoque son retour en Haïti après des années d'exil et le choc qui en résulte. Il brosse un portrait de ce pays secoué par tant de coups d'état, vivant dans une grande détresse, mais qui garde son identité propre et bien définie.
Alternant une composition narrative classique et une versification, ce texte bouleversant sur le deuil, l'exil, l'appartenance à une terre, ne laisse pas indifférent.
L'Arabe, Antoine Audouard, L'Olivier
Un homme arrive dans un petit village du sud de la France. C'est la nuit, on le guide vers son nouveau logement, une cave. Il travaillera pour l'entreprise de BTP du village.
Son arrivée est discrète, mias c'est inutile puisque dans les jours à venir, tout le monde saura que c'est un Arabe.
L'originalité de ce texte, c'est qu'il ne s'agit pas d'un enième roman sur le racisme, mais plutôt sur l'ignorance et la bêtise des hommes.
Un homme louche, François Beaune, Verticales
Deux cahiers remplis par le même homme à 15 ans et à 35 ans. Il se trouve des pouvoirs étranges, vit une enfance solitaire où toute sa famille le surnomme "Glaviot". Puis hôpital psychiatrique à 15 ans. Ellipse. La deuxième partie commence, il est adulte, vit à Lyon, est correcteur, intégré à la société mais toujours fou... Juste un doux dingue ou fou allié, le livre lui-même n'apporte pas toutes les réponses.
Aussi original que Fred Ciriez l'année dernière et ses néons sous la mer, mais moins prenant.
La vérité sur Marie, Jean-Philippe Toussaint, Minuit
Fin de la trilogie qui avait commancé avec Fuir, puis Faire l'amour (tous deux sortis en poche en octobre). On retrouve le narrateur et donc, Marie, la femme qu'il aime, entre Tokyo et PAris, leurs disputes, et ici, l'objet du livre, leur réconciliation.
JP Toussaint, comme bcp d'auteurs Minuit, a un style. Ce qui n'est pas donné à tout le monde et offre un plaisir supplémentaire à la lecture. Un très chouette roman d'amour.
Petite anecdote: le titre Faire l'amour est assez vendeur comme on peut s'en douter, les ventes se font donc sans problème. Il y a quelques semaines, un couple se retrouve devant la table de poches et s'arrête devant ce titre, l'examine, et voilà qu'ils commencent à se jeter des oeillades (c'est moche comme orthographe, non?) chaud patate et limitent à se tripoter dans la librairie! Ils ont fini par venir payer en gloussant comme deux pré-pubers et sont partis faire tout autre chose que lire un bon roman...
11:33 Publié dans Nouveautés | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
Commentaires
Pour ma part, j'ai été très déçu par le Club des incorrigibles, ça m'a semblé trop léger et l'enthousiasme de pleins d'amis a finalement rendu ma lecture... pénible. Mon coup de coeur à moi, c'est "L'homme qui valait 35 milliards" de Nicolas Ancion, un roman drôle et culotté qui raconte l'enlèvement de Lakshmi Mittal (le vrai patron d'Arcelor Mittal) par des mecs pas doués qui l'obligent à peindre des toiles et à rejouer les performances de l'art contemporain. Ça se lit comme un polar mais c'est un vrai pamphlet pour qu'on remette l'humain au centre des choses. Un vrai roman, qui donne la pêche, en plus !
Ecrit par : Ben | 05.11.2009
C'est toujours le risque, quand on entend trop parler d'un bouquin, d'un film, d'une expo en le portant aux nues, on est forcément déçu.. Je regarderais ce bouquin de Nicolas Ancion, merci pour tes conseils.
Ecrit par : Diane | 05.11.2009
J'espère que je n'en ai pas trop parlé, je ne voudrais pas pousser à la déception à mon tour ;-P
Ecrit par : Ben | 06.11.2009
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